
"Ça t'ch était une fas d'temps là loin (1) un homme qui s'maria avec une femme et qui sacrifia à la coutume en l'emmenant à travers le pays et au-delà.
Comme il craignait les fâcheries du père de sa belle, le galant prit grand soin d'elle qui fut benaise et le suivit dans ses chemins.
Au bout d'trois mois, ils arrivèrent au pays de Bariloche. A l'époque çatë (2) l'été et le soleil ne rigolait pas : les gens qu'ont du savoir, les technocrates des grandes villes appelaient ça le trou dans l'ozone, et il paraît même que si les rayons d'l'astre passaient c'trou et v'naient brûler la piau des gens, et ben que l'trou d'la Sécu il s'agrandissait, c'est pour dire si çatë grave et qu'les gens i devaient s'méfier d'ça.
Nos deux traçous d'la route se rendirent dans le village, trouvèrent un logis pasque c'est qu'la nuit, i faisait pas chaud dans c'pays où les montagnes ont un manteau de neige comme couverture. Et ils allèrent s'rendre compte des occupations habituelles des gens du pays.
Rien de bien nouviaw chez les montagnards : en saison froide d'hiver, ils glissaient sur la neige et l'été, ils aimaient baguenauder dans l'lac.
Au bout d'un jour, nos deux compères décidèrent de monter au Cerro Lopez pour voir si l'air y était meilleur. Çatë deux autres traçous d'route de l'auberge, deux qui venaient d'un pays d'à côté d'le leur, le Luxembourg qu'i disaient, qui leur avaient dit grand bien du rot' du refuge.
Effectivement plus i grimpaient dans la forêt qui f'sait à cause du vent des grands bruits d'eau qui chayë (3), des bruits de cascades, plus la vue devenait belle. Heureusement parce qu'y avait toujours ces maudits tachnaws (4) qui tournaient autour d'eux pour les piquer. Cela ne leur plaisait pas du tout, pas plus qu'à veaux ou chiens d'ailleurs. Ils s'raient bien r'descendus, surtout qu'la pente elle glissait. Mais ils profitaient si tanw de la vue qu'avant de continuer leur pélerinage, ils luttèrent avec les bêtes de la lutte bretonne comme il s'en faisait à Piperia. Ils réussirent à les mettre à terre et ils ont été contents après ça et purent se n'allë plus loin.
Trois heures après, la goule rouge et tout essouflés, i z'arrivèrent au refuge sur le haut de la butte d'où çatë si tanw biau. Après un temps de boberies et de plaisirs, ils voulurent enfermer le paysage dans la boîte de souvenirs. J'parle des boyets d'leur tête (5) mais surtout d'la machine à images qu'les touristes appellent appareil-photo.
Là, i s'mirent à discuter avec deux qui v'naient en visite à leur tante depuis la grande ville, la capitale du pays. Ils rentrèrent ensemble, clopin-clopant jusqu'au village de Bariloche et convinrent de s'retrouver le lendemain au coucher du soleil.
Le soir même et le lendemain, ils dinèrent si tanw bien, de ces joyeuses ripailles qui ravigotent, qui guérissent, qui ravissent quand on est en bonne compagnie.
Pi juste avant de se n'allë ailleurs, ils virent là sur le sieudu (6) d'un magasin une apparition soudaine. Midi n'était pas passé, le son de cloche pour venir mettre les pieds sous la table n'avait pas sonné. Et dans ce magasin, grand comme ces supermarchés qui font fermer les épiceries, dans ce magasin, des chocolats en veux-tu en voilà, avec des accompagnements variés et de toutes sortes qui adgignotent les crocs. Pernë (7) qui voulë. Un paradis d'la bouche quoi ! Alors l'homme et la femme restèrent benêts comme en pâturet les veaux mais bientôt apprirent que çatë tradition ici et que des magasins comme ceux-là il s'en trouvait plein. Ils en voulurent pour leur ventre bien entendu. A peine y avaient-ils goûté qu'ils furent complètement surboutés et qu'ils en voulurent 'cor.
Mais comprenant le piège, l'homme et la femme repartirent sur les chemins d'aventures."
(1): c'était une fois de temps là loin
(2): c'était
(3): tombait
(4): taons
(5): cerveau
(6): seuil
(7): prenait
Texte inspiré par la lecture du livre "Contes et légendes de Haute-Bretagne" par Albert Poullain, en langue gallo.
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