
21 Décembre 2005.
Tout a commencé quand les bagages ont été installés sur le toit du 4x4 : les jerrycans d'eau, la cantine, la glacière en polystirène, les réserves alimentaires,... et les gros gros sacs à dos de chacun ; à savoir : Gerardo (le chauffeur-guide), Jaquelyn (la cuisinière-DJ), Karine (avec qui nous voyageons depuis Sucre), Chris et Piotr (l'Australienne et le Polonais de la pizzeria à Uyuni), et Brett (un Canadien vivant la moitié de l'année en Thaïlande), et nous.
Tout ce petit monde enfin grimpé dans le véhicule, nous démarrons. Pas bien loin puisqu'à la sortie de la ville, nous visitons le cimetière de trains. Autrefois, Uyuni était le plus grand centre de réparation des trains en Bolivie. Parce que la Bolivie avait accès à la mer avant que le Chili ne lui prenne ces terres-là. Les Boliviens ont toujours cet espoir fou de les reconquérir un jour, c'est pourquoi ils conservent une marine nationale dont une partie est basé à Copacabana au bord du Lac Titicaca, point stratégique également vis-à-vis du Pérou.
Aujourd'hui, les machines à vapeur d'Uyuni attendent que l'effet de l'érosion leur rendent leur liberté sous forme de poussières...
Puis Gerardo a mis le cap sur Colchani, un petit village au bord du Salar qui tire l'essentiel de ses ressources de l'exploitation du sel. Tout le sel est exporté au Brésil non pas pour l'alimentation mais pour travailler le cuir. Gerardo est originaire de ce village et trouve que l'explotation du sel est bien plus dur que le travail dans les mines qu'il a également expérimenté. Il nous a conduit auprès des ouvriers qui ramassent le sel à la pelle après qu'ils l'aient fait sécher en monticules.
L'orage et les pluies de la veille, avec le soleil de ce jour, reflétait le bleu clair du ciel lumineux sur cette étendue blanche à perte de vue. Complétement magique !
Bien sûr la crême protectrice et les lunettes de soleil étaient plus que nécessaires pour ne pas être brûlés et on aurait dû prendre nos bottes en plastique (Peggy a eu les chaussures de rando mouillées, donc les pieds aussi, jusqu'à Viña del Mar au Chili). Imaginez donc ceux qui y travaillent tous les jours pour un salaire de misère...
Ensuite on est reparti et on s'est demandé comment notre chauffeur-guide réussissait à se repérer sans boussole dans ce désert totalement blanc. Le Salar, qui se trouve à 3653 m d'altitude, mesure (accrochez vous bien !) 12000 km2, soit un peu moins de la moitié de la Belgique ! C'est donc le plus grand salar du monde et la plus grande surface plate du monde.
Toujours est-il que Gerardo nous a conduit vers un des îlots volcaniques qui troublent cette platitude, "l´île" Incahuasi. Et là le paysage paraissait totalement irréel : cette petite colline dont la terre était foncée comme la lave séchée et qui surgit au milieu du blanc Salar tout ensoleillé était couverte de gigantesques cactus (le plus grand mesurerait 12 m et aurait 1200 ans !) ; et au loin, on apercevait les montagnes et volcans de la cordillère des Andes, et ci et là de gros nuages tout gris bien chargés d'orages ; enfin, à certains endroits apparaissaient d'immenses mirages.
Après le déjeuner au pied de l'île, nous sommes repartis pour des dizaines et des dizaines de kilomètres en 4x4 qui avait parfois des allures de hors-bord fonçant au milieu de l'eau de ce blanc océan.
Nous avons dîné et passé la nuit dans un hôtel, tout fait de sel, les murs, les tables, les chaises et même les lits (sur lesquels se trouvent néanmoins matelas, couvertures et oreillers).
22 décembre.
Réveil à 5h15 pour admirer le lever du soleil sur le salar dans la fraîcheur matinale. Arnaud n'avait pas dormi de la nuit entre les ronflements des uns et les bruits bizarres de certaines (tout le groupe dormait dans la même chambre).
Départ à 7h pour la plus longue journée du tour et changement complet de décor : des centaines de kilomètres de piste parcourus au milieu des volcans éteints et des lagunes habitées de milliers de flamands roses et autres oiseaux.
C'est difficile de décrire comment on se sent dans ces plaines vides et immenses (en dehors du mal aux fesses et au dos !). Ce qui est sûr, c'est que nos repères habituels sont tout déboussolés car ce qu'on croit être 10 kms sont en fait 100 kms. Notre 4x4 est si petit au milieu de tout ça !!! Peggy aurait adoré contempler ces lieux en silence pour mieux s'en imprégner, mais Jaquelyn opposait à sa propre angoisse de cette solitude et du vide la musique bolivienne : en effet, elle orchestrait comme personne le maniement de l'auto-radio, ce qui donnait, sans discontinuer, des allures de boîte de nuit au 4x4 !!
Les couleurs des lagunes font rêver et pouvoir observer des flamands roses d'aussi près est incroyable ! Nous avons également croisé un renard et de nombreuses vigognes (de la famille des lamas, mais sauvages, et plus fines, courant comme des gazelles).
Dans l'après-midi, nous avons aussi aperçu des formations géologiques en plein désert de sable dignes de tableaux de Salvador Dali, ainsi que l'arbre de pierre (un rocher qui a naturellement pris la forme d'un arbre). Un vent fou commençait à souffler et nous gelions malgré le soleil.
Arrivés au coucher du soleil, vers 20h, au refuge, nous avons dû lutter contre le sommeil pendant 1h30 pour attendre le repas.
23 Décembre.
Lever 4h30 pour arriver tôt sur le site des geysers. Un réveil absolument magique, les premiers rayons du soleil perçant à travers les vapeurs de l'activité géothermique qui montaient jusqu'au ciel. Ce ne sont pas de petits geysers ridicules, mais une véritable marmite de boues qui fume, éclate, crache, gicle, s'évapore, siffle, bouillonne,... et au milieu de laquelle on peut déambuler, observer, s'extasier et s'étouffer aux vapeurs malodorantes !
Comme à chaque fois, on repart trop vite de ces merveilleux endroits où on flanerait des heures...
Dans la matinée, nous avons franchi les 5000 mètres d'altitude.
Et enfin, vers 9h, Arnaud s'est baigné avec d'autres du groupe dans une source naturelle d'eau chaude, aménagée en bassin, et ce au pied du volcan Licancabur (5976 m) et au bord d'une lagune où quelques flamands roses et quelques mouettes commençaient leur journée, toujours sous le soleil.
Nous nous sommes dit au-revoir peu après, à la frontière avec le Chili, matérialisée par un bâtiment perdu au milieu de ce désert de montagnes et de sable marron foncé. Nous avons tous donné nos sachets de feuilles de coca (qui nous avaient aidé à mieux supporter l'altitude) à Gerardo et Jaquelyn.
Du côté chilien, tous les touristes devaient étaler l'intimité du contenu de leurs sacs aux douaniers.
La frontière passée, le changement a été radical car le transfert vers San Pedro de Atacama s'est fait sur une route asphaltée (depuis quand n'en avions-nous plus vu ?) et à bord d'une fourgonnette climatisée, sans flûte de pan...
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