
Sortis de Calama en début d'après-midi, nous voilà replongés dans le désert d'Atacama (heureusement le bus était climatisé) pour des centaines et des centaines de kilomètres de ligne droite jusqu'au coucher du soleil. On a juste vu un homme assis au milieu de nulle part qui vendait des bouteilles d'eau, des gares-fantômes, des maisons-cabanes en tôle, la ligne de chemin de fer qui longe la route (ou vice-versa) et quelques tornades, de belles colonnes qui se déplacent et montent jusqu'au ciel, ou autres soulèvements de poussières par le vent.
Aux abords des villages (et ça a été le cas partout où on est passé jusque là en Amérique du Sud), des tas de détritus, surtout plastiques, jonchent le sol. Il y a des trucs qui ont l'air évidents en France, mais qui demandent une grande volonté de chacun et de la société, comme par exemple le traitement des déchets, l'aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées, avoir de l'eau potable au robinet, de l'électricité continuellement, sans parler de l'hygiène chez les commerçants ou dans les restaurants. En Bolivie, souvent les restos n'avaient pas de frigo, d'autres en plus n'avaient ni table en cuisine, ni évier. Pensez à la chance que vous avez la prochaine fois que vous ouvrez votre frigo !
Bref, revenons à ce trajet entre Calama et La Serena. En plein désert d'Atacama, nous avons doublé un bus tombé en panne, dont le moteur émettait des signaux de fumée désespérants pour ses voyageurs. On a croisé les doigts très fort pour que le nôtre n'ait pas le même destin, perdu au milieu de nulle part...
En soirée, tout d'un coup, là devant nos yeux, keskecétikonvoipas ? Et bin encore du désert ! Et subitement, au détour d'une route, là devant nos yeux, keskecétikonvoipas ? Vous allez penser "du désert !". Et bin non ! C'était l'océan Pacifique !! Ouaiiiiiiiiiiis !!
Le bus est arrivé vers 5h du mat' à La Serena après avoir roulé 1100 kms. On a attendu le lever du soleil à la gare routière pour partir à la recherche d'un hôtel.
Les deux grands moments de ce séjour à La Serena furent la visite de la réserve nationale Pingüino de Humboldt et celle de l'observatoire astronomique de Mamalluca.
Avant d'atteindre la réserve, le mini-bus a traversé une zone semi-désertique donc parsemée de cactus en tous genres (nous n'avions pas encore vu les allentours de La Serena puisqu'on y était arrivé de nuit). Nous roulions sur la fameuse route Panaméricaine qui relie le Chili à Panama (en Amérique centrale), entourée en cet endroit de hautes collines qu'on "retourne" à la recherche de minerais (par exemple des mines d'or).
On a laissé sur notre gauche le village de Chungungo où un super projet écologique a été mis en place : les "attrape-brumes". Ce sont de grands filets tendus pour récupérer les gouttelettes de brume marine et fournir de l'eau potable au village qui en est dépourvu. Un mètre de filet pouvait donner jusqu'à 5 litres d'eau par jour. Malheureusement, l'érosion due au soleil et au vent a abîmé les filets en deux ans et les frais de réparation coûtaient plus cher que l'acheminement d'eau par camion. Donc polluer revenait une fois de plus moins cher !! Les filets ont donc été abandonnés.
L'embarcadère est situé dans le village de pêcheurs de Punta Choros où les maisons sont en bois et de toutes les couleurs. Nous enfilons notre gilet de sauvetage et grimpons dans la grande barque. Le temps est gris mais les vagues ne nous soulèvent pas trop l'estomac. Jorge, notre guide, joue les G.O. et nos rires nous font presque oublier les secousses !
La réserve est constituée de trois îles dont une était trop loin pour notre barque. La première, la Isla Choros, est le refuge de cormorans, de mouettes, de pélicans, de pingouins de Humboldt qu'on a vu nager, se secouer le derrière en sortant de l'eau, se dandiner entre les rochers (il paraît qu'ils sont fidèles toute leur vie et que quand l'un des deux meurt, l'autre meurt de tristesse peu après) et enfin de loups de mers qui dorment sur les rochers ou se font des papouilles dans l'eau.
Contrairement à cette première île, sur la deuxième, la Isla Damas, on a pu accoster. Une plage de sable blanc, une végétation originale et des mouettes qui n'hésitent pas à charger quand on s'approche par mégarde trop près des nids (n'est-ce pas Arnaud ?).
L'air de la mer nous ayant bien creusé l'estomac, le restaurant qui a suivi nous a ravi, notamment avec les "empanadas" (genre de chaussons ou friands) au fromage pour Arnaud et aux fruits de mer pour Peggy.
La deuxième excursion (à l'observatoire de Mamalluca) nous a emmené à travers une verte vallée, la "Valle del Elqui", où les cultures fruitières sont nombreuses. On y cultive notamment des papayes, des avocats et des vignes dont le raisin sert à la fabrication du "pisco", l'apéritif chilien par excellence (eau de vie obtenue par la dilatation de vin de muscat).
Après un énorme barrage, on arrive au village de Vicuña qui a eu l'excellente initiative de construire un observatoire destiné aux touristes, contrairement à tous les autres observatoires de la région uniquement réservés aux scientifiques.
Nous avons eu de la chance, la Lune était absente cette nuit-là et du coup le ciel de l'hémisphère sud était chargé de milliards d'étoiles. Et encore il paraît que depuis notre petite Terre, on ne voit (à l'oeil nu et avec les télescopes) que 4% de la totalité de l'univers ! En été (donc en ce moment) au Chili, la voie lactée est le bras extérieur de notre galaxie dont fait partie le système solaire. En hiver, c'est l'intérieur de notre galaxie qui s'observe ici.
Mars était au rendez-vous, Cyrius brillait à éblouir dans le télescope, la "cruz del Sur" (=croix du sud) se levait derrière les montagnes, et on a aussi pu observer la constellation du Taureau, les "nubes de Magallanes" qui sont deux galaxies visibles à l'oeil nu et qui donnent l'impression d'être de petits nuages dans la nuits, etc, etc...
Ce qu'on croit parfois n'être qu'une seule étoile en regardant le ciel à l'oeil nu se révèle parfois en réalité être un groupe d'étoiles, comme dans la constellation d'Orion par exemple.
On peut vous dire qu'on a fait de beaux rêves après ça !
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