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Mongolie - Ulaan Baatar


de nous deux, 09-08-2006

Départ de Mongolie.


Vendredi 4 août : dernier jour en Mongolie. On se dit que Pékin ne sera qu'une minuscule étape avant le grand retour et qu'on en profitera pour visiter certains sites que nous n'avions pu voir le mois dernier, pour faire quelques derniers achats de souvenirs et pour fêter notre anniversaire de 10 ans de bisous le 6 août.
Ce vendredi, on finit de faire nos sacs et on y ajoute de quoi manger pendant deux jours (puisque comme à l'aller c'est la durée de voyage entre Ulaan Baatar et Pékin).
Le voyage en train entre Ulaan-Baatar et la frontière sino-mongole dure toute la nuit. Malgré les fenêtres fermées, la poussière du désert de Gobi rentre dans la cabine et recouvre nos duvets. Mais ce train est confortable et nous nous laissons bercer par le "tatam-tatoum" en rêvant aux immenses steppes de ce magnifique pays avec nostalgie.


Samedi 5 août au matin, à Zamyn Uüd, les douaniers mongols vérifient nos papiers et tamponnent notre visa pour y indiquer notre sortie du pays. Le train continue, passe la frontière et arrive en gare de Erlian. Les douaniers chinois entrent à leur tour dans les wagons. Mais en vérifiant nos passeports, l'un d'eux nous fait comprendre que nous ne sommes pas en règle.

Pour information, nous avions acheté des visas "double entrée" en France (puisque nous entrions en Chine une première fois depuis l'Inde et une seconde fois après la Mongolie).
Ces visas étaient rédigés en chinois et en anglais (on se demande bien pourquoi vu qu'on est français et qu'on avait demandé ce visa à l'ambassade de Chine en France) et dessus était écrit "Enter before 21st July" (=entrer avant le 21 juillet). Pour nous, il s'agissait de la première entrée, sinon il aurait été écrit "all entrances before 21st July" (=toutes les entrées avant le 21 juillet). Mais les douaniers chinois de Erlian étaient d'un autre avis !!!

Donc dans le train, après avoir parlé avec un deuxième douanier qui nous baragouine la même chose que le précédent, on comprend que nos problèmes ne font que commencer...
Celui qui a nos passeports en main, nous demande de but en blanc 14 dollars chacun pour nous laisser passer. On comprend bien la somme mais on ne sait pas si c'est pour refaire un visa ou si c'est un backshish. Nous pensons quand même que c'est la deuxième solution. Mais comme nous estimons que nous sommes en règle, nous refusons.
Du coup, ils nous font descendre du train avec tous nos bagages, direction le bureau de la douane.

Nous attendons à la porte de ce bureau pendant plus d'une heure pendant que les douaniers entament leur comportement d'intimidation... Ils sont dans leur bureau avec nos passeports à taper on ne sait quoi sur leur ordinateur et font des allées et venues en nous regardant froidement. Finalement on se permet de demander où ça en est parce qu'il y a un bus qui nous attend pour aller à Pékin où nous prendrons un avion pour rentrer chez nous. Le chef des douaniers nous fait entrer, ainsi qu'un soi-disant traducteur et toute l'équipe des douaniers. Ils nous ré-expliquent que nos visas sont périmés. Calmement nous maintenons nos positions en leur expliquant que nous comprenons mais que pour nous il y a un problème de traduction et de choix des mots sur ce visa qui fait que nous estimons qu'ils sont valables. On sent que la tension monte... Mais nous essayons de rester calmes car nous avons lu sur un guide que les chinois pouvaient se sentir offensés si on haussait le ton et nous ne voulions pas être pris en grippe par ces messieurs de la douane. Pourtant eux se mettent à crier, et nous demandent d'écrire sur un papier que nos visas sont périmés et de le signer. Nous refusons. Bien sûr, ils s'énervent encore plus... Ils écrivent quelque chose en chinois sur ce papier et nous ordonnent de le signer, sans quoi nous risquerions des "bigs troubles" (= gros ennuis). C'est alors qu'on se souvient (on se demande bien pourquoi) de l'histoire d'un type qui est resté deux années en prison pour un problème de visa et que tout d'un coup on a le trouillomètre à zéro. Et si c'était notre arrêt de mort que nous signons sur ce papier ? Négatif, nous ne signerons rien qui soit écrit en chinois.

On nous ordonne donc de prendre nos bagages et de monter dans une voiture. Le trouillomètre descend toujours... Jusqu'à ce qu'on aperçoive le bâtiment des douanes chinoises où nous étions passés à l'aller (pour quitter la Chine et entrer en Mongolie). En fait, ils nous reconduisent à la frontière, ces salauds. Avant de les quitter, on profite du fait qu'ils ne parlent pas français pour les insulter avec un grand sourire de faux-cul.

Seulement voilà, au-delà de ce bâtiment, nous nous retrouvons dans le désert de Gobi, à plusieurs kilomètres du poste frontière mongol. Le soleil est à son top niveau de la journée. Et nous avons des bagages plus qu'il n'en faudrait pour ce genre de "randonnée"...

Les délicats douaniers chinois arrêtent une voiture mongole et obligent ses passagers à nous ramener au poste frontière du côté mongol. Ils acceptent. Nous partons avec ces inconnus.

Autre problème en perspective, nos visas mongols ont été tamponnés ce matin quand nous avons quitté le pays. Du coup, rebelotte : ils étaient périmés !!!
Néanmoins nous prenons la queue devant les postes de douane comme les nombreuses personnes qui souhaitent entrer en Mongolie. On est énervé et crevé. Notre pouls bat de plus en plus fort. Après de longues minutes d'attente, c'est enfin notre tour. Comme on pouvait s'y attendre, ça ne va pas et on nous amène dans le bureau du chef de douane. On lui explique toute l'histoire... Mais ce douanier-là n'a rien à voir avec son homologue chinois, sûrement parce les mentalités mongole et chinoise sont très différentes. Il maîtrise bien mieux l'anglais, et surtout il est bien plus compréhensif et nous aide. Comme notre visa mongol est valable 30 jours maximum et que nous ne sommes restés que 28 jours, le chef de douane nous explique qu'il va barrer la mention "Sortie le 05 août" pour nous autoriser à entrer dans son pays. Pourtant il nous précise que ces visas expireront dans deux jours et qu'il ne veut pas savoir ce qu'il adviendrait de nous si nous ne réussissions pas à nous rendre avant lundi au bureau de prolongation des visas à Ulaan Baatar... On se dit qu'on a quand même de la chance dans tout ça, mais que ça sera chaud car il va falloir trouver un train pour Ulaan Baatar rapidement (sachant que pour le voyage aller nous avions eu un mal fou à trouver un billet de train car tout était plein !). Serions-nous condamner à errer clandestinement dans le désert de Gobi et à mourir de faim et de soif quand nos provisions se seraient épuisées ?

C'est entre ces quelques divagations que nous réalisons deux choses :
-la première, c'est que les gens qui nous ont emmenés jusqu'à ce bâtiment ont réussi, eux, entre temps, à passer la frontière et que nos bagages se trouvent dans leur véhicule... De retour dans le hall, nous les recherchons... en vain ;
-la seconde, c'est que le chef des douanes détient nos passeports (sans quoi nous ne sommes plus rien à l'étranger) et qu'il ne revient pas... Les photocopies de nos passeports se trouvent bien évidemment dans nos bagages.
Evidemment selon le fameux "un malheur n'arrive jamais seul", on se demande ce qui va encore nous tomber sur le coin du nez, et la panique s'empare de nous.

Donc vite, nous décidons de nous séparer : Arnaud attend le retour du grand chef, Peggy va chercher les bagages.

Pas facile de se souvenir dans la panique d'un véhicule qu'on n'a pas pris de temps de mémoriser et du visage de gens qu'on n'a vu que quelques minutes car dans ces cas-là tous les Mongols se ressemblent... Mais Peggy finit par retrouver le véhicule dehors à un autre endroit que là où on l'avait laissé. En fait, ils nous attendaient espérant trouver profit. En effet, ils demandent de payer le voyage entre les deux postes frontières... Mais nous n'avions plus un sou mongol en poche puisque nous avions tout changé en argent chinois avant de partir, en grosses coupures bien sûr. Peggy explique le problème de visa, pleurniche qu'ils n'ont plus d'argent parce qu'ils pensaient en retirer à un distributeur dès l'arrivée à Pékin, et qu'ils ne savent pas comment faire pour rejoindre Ulaan Baatar... Du coup, ils enlèvent nos bagages de la voiture et aident Peggy à porter quelques sacs jusque dans le bâtiment et s'en vont. Ouf... Premier problème résolu.

Mais Arnaud est toujours en train d'attendre nos passeports et nous attendons encore un long moment dans le hall (le temps passe lentement dans ces cas-là...). Et enfin, nous récupérons nos chers passeports avec les visas dessus. Ouf et triple oufff...
Grâce à ces passeports, nous changeons notre argent chinois en argent mongol (sans oublier qu'à chaque fois il y a une commission à payer et des taux plus ou moins intéressants) dans le bâtiment des douanes mongoles.

Mais ce n'est fini pour autant ! Pour rejoindre la ville de Zamyn Uüd où se trouve la gare, il faut parcourir plusieurs kilomètres en plein désert dans les mêmes conditions (soleil, sacs) que décrites précédemment. Aller hop, nous n'avions pas le choix, c'était parti !
Heureusement encore, une famille nous prend en stop et nous dépose à la gare moyennant un peu d'argent.

Là, on voit que les bureaux ne sont pas encore fermés car il y a un train qui part ce soir à 22h. Queue interminable dans l'espoir, pourtant maigre, d'avoir des places. Encore un petit peu de chance, nous rencontrons un journaliste allemand qui parle mongol. En partie grâce à lui, nous réussissons à avoir des billets pour le soir même et nous partagerons notre cabine avec lui et sa femme qui elle est mongole... enfin presque sa femme puisqu'ils se marient la semaine prochaine !

Que de choses nous sont arrivées depuis ce matin ! Le train est le moment de faire le point et d'en discuter avec nos compagnons de cabine. Nous essayons également d'envisager toutes les solutions possibles pour pouvoir quand même retourner à Pékin rapidement car notre avion de retour part jeudi matin. Des billets d'avion non modifiables, non remboursables évidemment...
Mais on n'y pense pas trop longtemps car toutes ces émotions nous ont crevés et que demain sera un autre jour où nous prendrons les problèmes un par un comme aujourd'hui !


Dimanche 6 août vers 8h du matin, nous arrivons à Ulaan Baatar. De plus, coïncidence, à la gare, ils sont attendus par leur beau-frère que nous connaissons aussi !! C'est l'homme qui nous avait conduit de Karakorum au lac Ogyy Nuur et qui nous avait apporté des poissons, prêté son matériel de cuisson et de pêche. En fait, ce monsieur travaille comme chauffeur dans la société des deux avec qui nous venions de faire le voyage en train, une agence de voyages spécialisée dans les circuits en canoë-kayak. Le monde est petit même ici !!! Et grâce à leurs contacts dans le petit monde du tourisme, on trouve une guest house.

D'abord, nous mangeons. Ensuite nous nous douchons (il était temps...). Enfin, Arnaud regarde sur internet si, par hasard, les avions entre Ulaan Baatar et Pékin ne sont pas trop chers et si ça pourrait coller pour la correspondance. On n'a plus trop envie de reprendre le train et de recroiser ces douaniers... Il y aurait des possibilités mais on verra demain à l'agence.
En attendant, même si cette histoire n'est pas terminée, on se dit que ça aurait pu être pire et nous sommes heureux parce que nous sommes libres, ensemble, en bonne santé, avec nos passeports et nos bagages et qu'aujourd'hui c'est notre anniversaire de dix ans de bisous.


Lundi 7 août, lever assez tôt pour aller directement prolonger notre visa mongol avec l'aide de la patronne de la guest house. Celle-ci nous rédige un courrier en mongol, nous aide à assembler tous les documents nécessaires à cette demande et nous guide entre les différents bureaux où il faut se rendre. Nous récupérons nos passeports l'après-midi. Là aussi nous avons de la chance car normalement il faut plus de temps que cela pour prolonger son visa mongol.

Ensuite, avec nos précieux passeports, direction les bureaux de la Miat (compagnie aérienne mongole) pour acheter nos billets d'avion Ulaan Baatar-Pékin car nous avons trouvé un vol qui part jeudi matin dans la nuit avec un transit de 5h à Pékin. Donc suffisamment de temps pour avoir notre vol sur Londres.

Lundi après-midi toujours, on fonce à l'ambassade chinoise pour demander des visas de transit.
Mais là, hélas, c'est fermé et ça ne rouvre que mercredi matin. Et là, le trouillomètre refait des siennes... Soit on obtient ces visas en express, soit on perd tout. Et dans le cas de la deuxième solution, nous n'avons qu'une semaine pour trouver une solution pour rentrer en Europe. Et on ne vous parle pas du coût de tout cela...


Mercredi 8 août. On va à l'ambassade chinoise à la première heure du matin poser nos passeports... Et on croise les doigts super fort pour que les visas soient acceptés (après tout, on ne savait pas ce que les douaniers d'Erlian avaient noté sur leurs ordinateurs...) et qu'ils nous soient rendus l'après-midi même !



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